Madame Bovary esce nel 1856 (dopo cinque anni di lavoro). Più di un secolo fa. Eppure possiamo continuare a occuparci di questo libro come se si trattasse di un problema attuale. La domanda che esso ci pone è una domanda elementare: « Su che cosa si fonda il diritto di un narratore di raccontare letterariamente una storia? » Sembrerebbe di poter rispondere, per quanto riguarda Flaubert: «Perché degli altri l'hanno già fatto». Madame Bovary non è inventato: non ha certo l'aria del primo romanzo della storia. In questa mia recente rilettura, non sono riuscito a finirlo, perché esso mi pareva « rifatto», e incredibile a dirsi  non « rifatto » nel 1856, come geniale calco o mimesi di una narrativa irripetibile, ma « rifatto» molto più tardi, dopo Proust, dopo Joyce, in una specie di restaurazione moderna, che vedesse il 1856, circa, come un'epoca «in costume».
Il matrimonio di Charles-Denis-Bartholomé Bovary con la signorina Emma Bertaux sembra una grande e bella sequenza di un film americano, magari di Ford. Mentre la prima apparizione « reale» di Emma in quanto presenza fisica è il dettaglio (le mani « non abbastanza candide, piuttosto secche alle falangi») di un film un po' meno oggettivo, vagamente intellettualistico (un film francese del '40): non però privo di poesia. Ha ragione Moravia che anche lui in una recente rilettura  trova Emma « scollata», fatta di tanti pezzi e sostanzialmente rimossa. Sapeva o non sapeva Flaubert ciò che di lui sa Jakobson? Sapeva del « livello stilistico d'una serietà oggettiva, da cui parlano le cose stesse»? Sapeva del processo di « autocostituzione» della propria lingua (in Madame Bovary)? Certo, a suo modo, doveva avere coscienza del suo lavoro, anzi, del suo progetto, e proprio nei termini in cui possiamo ragionarci noi, compresi ancora, tutto sommato, nella sua epoca. Eppure in Madame Bovary, rispetto al progetto della serietà oggettiva linguisticamente autocostituitasi (con la doppia conseguenza di dare diritto all'autore di raccontare e, insieme, di farlo scomparire come persona), c'è un grave errore, che sta li, inesplicabile, ingiustificabile, imbarazzante, in prima pagina. Madame Bovary comincia autobiograflcamente! L'autore, lui, è il testimone oculare della realtà fisica di Charles Bovary: e proprio nel momento in cui questi « appare »  cosa che avviene nell'aula della scuola di un collegio, in cui è il protagonista stesso a pronunciare il proprio nome: «Charbovari».
L'autore è dunque lì, coi suoi compagni: un manipolo di coppie di occhi che guardano e osservano crudelmente. Così il romanzo comincia con una prima persona plurale comprendente l'«io» narrante «Eravamo... » Di colpo, però, questo plurale simpatetico, e di conseguenza l'io narrante, scomparirà alla terza pagina per non ricomparire mai più. Che bisogno ce n'era?
Leggendo Madame Bovary non si saprà infatti più niente del suo autore, non solo perché non vi si fa notare, sia pure solo tecnicamente nella sua pura e semplice qualità di narrante, ma perché, attraverso la sua opera oggettiva, e volutamente tale, egli non ci dà alcuna informazione nemmeno implicita e indiretta di sé. Se non conoscessimo Flaubert in altri modi  cioè attraverso altri suoi scritti e le testimonianze del tempo  non sapremmo assolutamente chi fosse quest'uomo che sa tutto di Charles Bovary e di sua moglie. Non risulterebbe di lui alcun tratto caratteriale e culturale sia pur minimo, sia pur confuso. Di lui sapremmo solo, insomma, la sua « teoria della letteratura ».


Pier Paolo Pasolini , Descrizioni di descrizioni, Einaudi, Torino, 1979

Gustave Flaubert -  Madame Bovary -  

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I
En matière de critique, la situation de l'écrivain qui vient après tout le monde, de l'écrivain retardataire, comporte des avantages que n'avait pas l'écrivain prophète, celui qui annonce le succès, qui le commande, pour ainsi dire, avec l'autorité de l'audace et du dévouement. 
M. Gustave Flaubert n'a plus besoin du dévouement, s'il est vrai qu'il en eut jamais besoin. Des artistes nombreux, et quelques-uns des plus fins et des plus accrédités, ont illustré et enguirlandé son excellent livre. Il ne reste donc plus à la critique qu'à indiquer quelques points de vue oubliés, et qu'à insister un peu plus vivement sur des traits et des lumières qui n'ont pas été, selon moi, suffisamment vantés et commentés. D'ailleurs, cette position de l'écrivain en retard, distancé par l'opinion, a, comme j'essayais de l'insinuer, un charme paradoxal. Plus libre, parce qu'il est seul comme un traînard, il a l'air de celui qui résume les débats, et, contraint d'éviter les véhémences de l'accusation et de la défense, il a ordre de se frayer une voie nouvelle, sans autre excitation que celle de l'amour du Beau et de la Justice. 

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II

Puisque j'ai prononcé ce mot splendide et terrible, la Justice, qu'il me soit permis, - comme aussi bien cela m'est agréable, - de remercier la magistrature française de l'éclatant exemple d'impartialité et de bon goût qu'elle a donné dans cette circonstance. Sollicitée par un zèle aveugle et trop véhément pour la morale, par un esprit qui se trompait de terrain, - placée en face d'un roman, oeuvre d'un écrivain inconnu la veille, - un roman, et quel roman ! le plus impartial, le plus loyal, - un champ, banal comme tous les champs, flagellé, trempé, comme la nature elle-même, par tous les vents et tous les orages, - la magistrature, dis-je, s'est montrée loyale et impartiale comme le livre qui était poussé devant elle en holocauste. Et mieux encore, disons, s'il est permis de conjecturer d'après les considérations qui accompagnèrent le jugement, que si les magistrats avaient découvert quelque chose de vraiment reprochable dans le livre, ils l'auraient néanmoins amnistié, en faveur et en reconnaissance de la BEAUTÉ dont il est revêtu. Ce souci remarquable de la Beauté, en des hommes dont les facultés ne sont mises en réquisition que pour le Juste et le Vrai, est un symptôme des plus touchants, comparé avec les convoitises ardentes de cette société qui a définitivement abjuré tout amour spirituel, et qui, négligeant ses anciennes entrailles, n'a plus cure que de ses viscères. En somme, on peut dire que cet arrêt, par sa haute tendance poétique, fut définitif ; que gain de cause a été donné à la Muse, et que tous les écrivains, tous ceux du moins dignes de ce nom, ont été acquittés dans la personne de M. Gustave Flaubert. 
Ne disons donc pas, comme tant d'autres l'affirment avec une légère et inconsciente mauvaise humeur, que le livre a dû son immense faveur au procès et à l'acquittement. Le livre, non tourmenté, aurait obtenu la même curiosité, il aurait créé le même étonnement, la même agitation. D'ailleurs les approbations de tous les lettrés lui appartenaient depuis longtemps. Déjà sous sa première forme, dans la Revue de Paris, où des coupures imprudentes en avaient détruit l'harmonie, il avait excité un ardent intérêt. La situation de Gustave Flaubert, brusquement illustre, était à la fois excellente et mauvaise ; et de cette situation équivoque, dont son loyal et merveilleux talent a su triompher, je vais donner, tant bien que mal, les raisons diverses. 

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III

Excellente ; - car depuis la disparition de Balzac, ce prodigieux météore qui couvrira notre pays d'un nuage de gloire, comme un orient bizarre et exceptionnel, comme une aurore polaire inondant le désert glacé de ses lumières féériques, - toute curiosité, relativement au roman, s'était apaisée et endormie. D'étonnantes tentatives avaient été faites, il faut l'avouer. Depuis longtemps déjà, M. de Custine, célèbre, dans un monde de plus en plus raréfié, par AloysLe Monde comme il est et Ethel, - M. de Custine, le créateur de la jeune fille laide, ce type tant jalousé par Balzac (voir le vrai Mercadet), avait livré au public Romuald ou la Vocation, oeuvre d'une maladresse sublime, où des pages inimitables font à la fois condamner et absoudre des langueurs et des gaucheries. Mais M. de Custine est un sous-genre du génie, un génie dont le dandysme monte jusqu'à l'idéal de la négligence. Cette bonne foi de gentilhomme, cette ardeur romanesque, cette raillerie loyale, cette absolue et nonchalante personnalité, ne sont pas accessibles aux sens du grand troupeau, et ce précieux écrivain avait contre lui toute la mauvaise fortune que méritait son talent. 
M. d'Aurevilly avait violemment attiré les yeux par Une vieille maîtresse et par L'Ensorcelée. Ce culte de la vérité, exprimé avec une effroyable ardeur, ne pouvait que déplaire à la foule. D'Aurevilly, vrai catholique, évoquant la passion pour la vaincre, chantant, pleurant et criant au milieu de l'orage, planté comme Ajax sur un rocher de désolation, et ayant toujours l'air de dire à son rival, - homme, foudre, dieu ou matière - : «Enlève-moi, ou je t'enlève !» ne pouvait pas non plus mordre sur une espèce assoupie dont les yeux sont fermés aux miracles de l'exception. 
Champfleury, avec un esprit enfantin et charmant, s'était joué très heureusement dans le pittoresque, avait braqué un binocle poétique (plus poétique qu'il ne le croit lui-même) sur les accidents et les hasards burlesques ou touchants de la famille ou de la rue ; mais, par originalité ou par faiblesse de vue, volontairement ou fatalement, il négligeait le lieu commun, le lieu de rencontre de la foule, le rendez-vous public de l'éloquence. 
Plus récemment encore, M. Charles Barbara, âme rigoureuse et logique, âpre à la curée intellectuelle, a fait quelques efforts incontestablement distingués ; il a cherché (tentation toujours irrésistible) à décrire, à élucider des situations de l'âme exceptionnelles, et à déduire les conséquences directes des positions fausses. Si je ne dis pas ici toute la sympathie que m'inspire l'auteur d'Héloïse et de L'Assassinat du Pont-Rouge, c'est parce qu'il n'entre qu'occasionnellement dans mon thème, à l'état de note historique. 
Paul Féval, placé de l'autre côté de la sphère, esprit amoureux d'aventures, admirablement doué pour le grotesque et le terrible, a emboîté le pas, comme un héros tardif, derrière Frédéric Soulié et Eugène Sue. Mais les facultés si riches de l'auteur des Mystères de Londres et du Bossu, non plus que celles de tant d'esprits hors ligne, n'ont pas pu accomplir le léger et soudain miracle de cette pauvre petite provinciale adultère, dont toute l'histoire, sans imbroglio, se compose de tristesses, de dégoûts, de soupirs et de quelques pâmoisons fébriles arrachés à la vie barrée par le suicide. 
Que ces écrivains, les uns tournés à la Dickens, les autres moulés à la Byron ou à la Bulwer, trop bien doués peut-être, trop méprisants, n'aient pas su, comme un simple Paul de Kock, forcer le seuil branlant de la Popularité, la seule des impudiques qui demande à être violée, ce n'est pas moi qui leur en ferai un crime, - non plus d'ailleurs qu'un éloge ; de même je ne sais aucun gré à M. Gustave Flaubert d'avoir obtenu du premier coup ce que d'autres cherchent toute leur vie. Tout au plus y verrai-je un symptôme surérogatoire de puissance, et chercherai-je à définir les raisons qui ont fait mouvoir l'esprit de l'auteur dans un sens plutôt que dans un autre. 
Mais j'ai dit aussi que cette situation du nouveau venu était mauvaise ; hélas ! pour une raison lugubrement simple. Depuis plusieurs années, la part d'intérêt que le public accorde aux choses spirituelles était singulièrement diminuée ; son budget d'enthousiasme allait se rétrécissant toujours. Les dernières années de Louis-Philippe avaient vu les dernières explosions d'un esprit encore excitable par les jeux de l'imagination ; mais le nouveau romancier se trouvait en face d'une société absolument usée, - pire qu'usée, - abrutie et goulue, n'ayant horreur que de la fiction, et d'amour que pour la possession. 
Dans des conditions semblables, un esprit bien nourri, enthousiaste du beau, mais façonné à une forte escrime, jugeant à la fois le bon et le mauvais des circonstances, à dû se dire : «Quel est le moyen le plus sûr de remuer toutes ces vieilles âmes ? Elles ignorent en réalité ce qu'elles aimeraient ; elles n'ont un dégoût positif que du grand ; la passion naïve, ardente, l'abandon poétique les fait rougir et les blesse.
- Soyons donc vulgaire dans le choix du sujet, puisque le choix d'un sujet trop grand est une impertinence pour le lecteur du XIXe siècle. Et aussi prenons bien garde à nous abandonner et à parler pour notre propre compte. Nous serons de glace en racontant des passions et des aventures où le commun du monde met ses chaleurs ; nous serons, comme dit l'école, objectif et impersonnel. 
«Et aussi, comme nos oreilles ont été harassées dans ces derniers temps par des bavardages d'école puérils, comme nous avons entendu parler d'un certain procédé littéraire appelé réalisme, - injure dégoûtante jetée à la face de tous les analystes, mot vague et élastique qui signifie pour le vulgaire, non pas une méthode nouvelle de création, mais une description minutieuse des accessoires, - nous profiterons de la confusion des esprits et de l'ignorance universelle. Nous étendrons un style nerveux, pittoresque, subtil, exact, sur un canevas banal. Nous enfermerons les sentiments les plus chauds et les plus bouillants dans l'aventure la plus triviale. Les paroles les plus solennelles, les plus décisives, s'échapperont des bouches les plus sottes. 
«Quel est le terrain de sottise, le milieu le plus stupide, le plus productif en absurdités, le plus abondant en imbéciles intolérants ?
«La province.
«Quels y sont les acteurs les plus insupportables ?
«Les petites gens qui s'agitent dans de petites fonctions dont l'exercice fausse leurs idées.
«Quelle est la donnée la plus usée, la plus prostituée, l'orgue de Barbarie le plus éreinté ?
«L'Adultère.
«Je n'ai pas besoin, s'est dit le poète, que mon héroïne soit une héroïne. Pourvu qu'elle soit suffisamment jolie, qu'elle ait des nerfs, de l'ambition, une aspiration irréfrénable vers un monde supérieur, elle sera intéressante. Le tour de force, d'ailleurs, sera plus noble, et notre pécheresse aura au moins ce mérite, - comparativement fort rare, - de se distinguer des fastueuses bavardes de l'époque qui nous a précédés.
«Je n'ai pas besoin de me préoccuper du style, de l'arrangement pittoresque, de la description des milieux ; je possède toutes ces qualités à une puissance surabondante ; je marcherai appuyé sur l'analyse et la logique, et je prouverai ainsi que tous les sujets sont indifféremment bons ou mauvais, selon la manière dont ils sont traités, et que les plus vulgaires peuvent devenir les meilleurs». 
Dès lors, Madame Bovary - une gageure, une vraie gageure, un pari, comme toutes les oeuvres d'art - était créée. 
Il ne restait plus à l'auteur, pour accomplir le tour de force dans son entier, que de se dépouiller (autant que possible) de son sexe et de se faire femme. Il en est résulté une merveille ; c'est que, malgré tout son zèle de comédien, il n'a pas pu ne pas infuser un sang viril dans les veines de sa créature, et que madame Bovary, pour ce qu'il y a en elle de plus énergique et de plus ambitieux, et aussi de plus rêveur, madame Bovary est restée un homme. Comme la Pallas armée, sortie du cerveau de Zeus, ce bizarre androgyne a gardé toutes les séductions d'une âme virile dans un charmant corps féminin. 

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IV

Plusieurs critiques avaient dit : cette oeuvre, vraiment belle par la minutie et la vivacité des descriptions, ne contient pas un seul personnage qui représente la morale, qui parle la conscience de l'auteur. Où est-il, le personnage proverbial et légendaire, chargé d'expliquer la fable et de diriger l'intelligence du lecteur ? En d'autres termes, où est le réquisitoire ? 
Absurdité ! Éternelle et incorrigible confusion des fonctions et des genres ! - Une véritable oeuvre d'art n'a pas besoin de réquisitoire. La logique de l'oeuvre suffit à toutes les postulations de la morale, et c'est au lecteur à tirer les conclusions de la conclusion. 
Quant au personnage intime, profond, de la fable, incontestablement c'est la femme adultère ; elle seule, la victime déshonorée, possède toutes les grâces du héros. - Je disais tout à l'heure qu'elle était presque mâle, et que l'auteur l'avait ornée (inconsciencieusement peut-être) de toutes les qualités viriles. 
Qu'on examine attentivement :
1° L'imagination, faculté suprême et tyrannique, substituée au coeur, ou à ce qu'on appelle le coeur, d'où le raisonnement est d'ordinaire exclu, et qui domine généralement dans la femme comme dans l'animal ;
2° Énergie soudaine d'action, rapidité de décision, fusion mystique du raisonnement et de la passion, qui caractérise les hommes créés pour agir ;
3° Goût immodéré de la séduction, de la domination et même de tous les moyens vulgaires de séduction, descendant jusqu'au charlatanisme du costume, des parfums et de la pommade, - le tout se résumant en deux mots : dandysme, amour exclusif de la domination. 
Et pourtant madame Bovary se donne ; emportée par les sophismes de son imagination, elle se donne magnifiquement, généreusement, d'une manière toute masculine, à des drôles qui ne sont pas ses égaux, exactement comme les poètes se livrent à des drôlesses. 
Une nouvelle preuve de la qualité toute virile qui nourrit son sang artériel, c'est qu'en somme cette infortunée a moins souci des défectuosités extérieures visibles, des provincialismes aveuglants de son mari, que de cette absence totale de génie, de cette infériorité spirituelle bien constatée par la stupide opération du pied bot. 
Et à ce sujet, relisez les pages qui contiennent cet épisode, si injustement traité de parasitique, tandis qu'il sert à mettre en vive lumière tout le caractère de la personne. - Une colère noire, depuis longtemps concentrée, éclate dans toute l'épouse Bovary ; les portes claquent ; le mari stupéfié, qui n'a su donner à sa romanesque femme aucune jouissance spirituelle, est relégué dans sa chambre ; il est en pénitence, le coupable ignorant ! et madame Bovary, la désespérée, s'écrie, comme une petite lady Macbeth accouplée à un capitaine insuffisant : «Ah !que ne suis-je au moins la femme d'un de ces vieux savants chauves et voûtés, dont les yeux abrités de lunettes vertes sont toujours braqués sur les archives de la science ! je pourrais fièrement me balancer à son bras ; je serais au moins la compagne d'un roi spirituel ; mais la compagne de chaîne de cet imbécile qui ne sait pas redresser le pied d'un infirme ! oh !»
Cette femme, en réalité, est très sublime dans son espèce, dans son petit milieu et en face de son petit horizon ;
4° Même dans son éducation de couvent, je trouve la preuve du tempérament équivoque de madame Bovary. 
Les bonnes soeurs ont remarqué dans cette jeune fille une aptitude étonnante à la vie, à profiter de la vie, à en conjecturer les jouissances ; - voilà l'homme d'action ! 
Cependant la jeune fille s'enivrait délicieusement de la couleur des vitraux, des teintes orientales que les longues fenêtres ouvragées jetaient sur son paroissien de pensionnaire ; elle se gorgeait de la musique solennelle des vêpres, et, par un paradoxe dont tout l'honneur appartient aux nerfs, elle substituait dans son âme au Dieu véritable le Dieu de sa fantaisie, le Dieu de l'avenir et du hasard, un Dieu de vignette, avec éperons et moustaches ; - voilà le poète hystérique. 
L'hystérie ! Pourquoi ce mystère physiologique ne ferait-il pas le fond et le tuf d'une oeuvre littéraire, ce mystère que l'Académie de médecine n'a pas encore résolu, et qui, s'exprimant dans les femmes par la sensation d'une boule ascendante et asphyxiante (je ne parle que du symptôme principal), se traduit chez les hommes nerveux par toutes les impuissances et aussi par l'aptitude à tous les excès ? 

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V

En somme, cette femme est vraiment grande, elle est surtout pitoyable, et malgré la dureté systématique de l'auteur, qui a fait tous ses efforts pour être absent de son oeuvre et pour jouer la fonction d'un montreur de marionnettes, toutes les femmes intellectuelles lui sauront gré d'avoir élevé la femelle à une si haute puissance, si loin de l'animal pur et si près de l'homme idéal, et de l'avoir fait participer à ce double caractère de calcul et de rêverie qui constitue l'être parfait. 
On dit que madame Bovary est ridicule. En effet, la voilà, tantôt prenant pour un héros de Walter Scott une espèce de monsieur, - dirai-je même un gentilhomme campagnard ? - vêtu de gilets de chasse et de toilettes contrastées ! et maintenant, la voici amoureuse d'un petit clerc de notaire ( qui ne sait même pas commettre une action dangereuse pour sa maîtresse), et finalement la pauvre épuisée, la bizarre Pasiphaé, reléguée dans l'étroite enceinte d'un village, poursuit l'idéal à travers les bastringues et les estaminets de la préfecture : - qu'importe ? disons-le, avouons-le, c'est un César à Carpentras : elle poursuit l'Idéal ! 
Je ne dirai certainement pas comme le Lycanthrope d'insurrectionnelle mémoire, ce révolté qui a abdiqué : «En face de toutes les platitudes et de toutes les sottises du temps présent, ne nous reste-t-il pas le papier à cigarettes et l'adultère ?» mais j'affirmerai qu'après tout, tout compte fait, même avec des balances de précision, notre monde est bien dur pour avoir été engendré par le Christ, qu'il n'a guère qualité pour jeter la pierre à l'adultère ; et que quelques minotaurisés de plus ou de moins n'accéléreront pas la vitesse rotatoire des sphères et n'avanceront pas d'une seconde la destruction finale des univers. - Il est temps qu'un terme soit mis à l'hypocrisie de plus en plus contagieuse, et qu'il soit réputé ridicule pour des hommes et des femmes, pervertis jusqu'à la trivialité, de crier : haro ! sur un malheureux auteur qui a daigné, avec une chasteté de rhéteur, jeter un voile de gloire sur des aventures de tables de nuit, toujours répugnantes et grotesques, quand la Poésie ne les caresse pas de sa clarté de veilleuse opaline. 
Si je m'abandonnais sur cette pente analytique, je n'en finirais jamais avec Madame Bovary ; ce livre, essentiellement suggestif, pourrait souffler un volume d'observations. Je me bornerai, pour le moment, à remarquer que plusieurs des épisodes les plus importants ont été primitivement ou négligés ou vitupérés par les critiques. Exemples : l'épisode de l'opération manquée du pied bot, et celui, si remarquable, si plein de désolation, si véritablement moderne, où la future adultère, - car elle n'est encore qu'au commencement du plan incliné, la malheureuse ! - va demander secours à l'Église, à la divine Mère, à celle qui n'a pas d'excuses pour n'être pas toujours prête, à cette Pharmacie où nul n'a le droit de sommeiller ! Le bon curé Bournisien, uniquement préoccupé des polissons du catéchisme qui font de la gymnastique à travers les stalles et les chaises de l'église, répond avec candeur : «Puisque vous êtes malade, madame, et puisque M. Bovary est médecin, pourquoi n'allez-vous pas trouver votre mari ?» 
Quelle est la femme qui, devant cette insuffisance du curé, n'irait pas, folle amnistiée, plonger sa tête dans les eaux tourbillonnantes de l'adultère, - et quel est celui de nous qui, dans un âge plus naïf et dans des circonstances troublées, n'a pas fait forcément connaissance avec le prêtre incompétent ? 
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VI


J'avais primitivement le projet, ayant deux livres du même auteur sous la main (Madame Bovary et La Tentation de saint Antoine, dont les fragments n'ont pas encore été rassemblés par la librairie), d'installer une sorte de parallèle entre les deux. Je voulais établir des équations et des correspondances. Il m'eût été facile de retrouver sous le tissu minutieux de Madame Bovary, les hautes facultés d'ironie et de lyrisme qui illuminent à outrance La Tentation de saint Antoine. Ici le poète ne s'était pas déguisé, et sa Bovary, tentée par tous les démons de l'illusion, de l'hérésie, par toutes les lubricités de la matière environnante, - son saint Antoine enfin, harassé par toutes les folies qui nous circonviennent, aurait apologisé mieux que sa toute petite fiction bourgeoise. - Dans cet ouvrage, dont malheureusement l'auteur ne nous a livré que des fragments, il y a des morceaux éblouissants ; je ne parle pas seulement du festin prodigieux de Nabuchodonosor, de la merveilleuse apparition de cette petite folle de reine de Saba, miniature dansant sur la rétine d'un ascète, de la charlatanesque et emphatique mise en scène d'Apollonius de Tyane suivi de son cornac, ou plutôt de son entreteneur, le millionnaire imbécile qu'il entraîne à travers le monde ; - je voudrais surtout attirer l'attention du lecteur sur cette faculté souffrante, souterraine et révoltée, qui traverse toute l'oeuvre, ce filon ténébreux qui illumine, - ce que les Anglais appellent le subcurrent, - et qui sert de guide à travers ce capharnaüm pandémoniaque de la solitude. 
Il m'eût été facile de montrer, comme je l'ai déjà dit, que M. Gustave Flaubert a volontairement voilé dans Madame Bovary les hautes facultés lyriques et ironiques manifestées sans réserve dans La Tentation, et que cette dernière oeuvre, chambre secrète de son esprit, reste évidemment la plus intéressante pour les poètes et les philosophes. 
Peut-être aurai-je un autre jour le plaisir d'accomplir cette besogne. 

Charles Baudelaire ("L'Artiste", 18 ottobre 1857)



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dal 2 settembre 2001
Il testo integrale di "Madame Bovary" in francese

Il testo integrale di "Madame Bovary" in italiano

Madame Bovary e il Bovarismo -  Conferenza di Alfio Squillaci Scarica qui le diapositive in ppt zippato.
"Madame Bovary" fu salutata dalla critica come una delle più importanti creazioni letterarie del tempo e la sua fortuna editoriale ne conferma ancora oggi il grande valore. Il suo antiromanticismo, sia ideologico 
(la demistificazione degli ideali della protagonista) sia formale (l'adozione di uno stile 'impersonale', di una narrazione 'documentaristica') aprì la strada al naturalismo di Zola. Il romanzo svela una figura di donna inquieta e insoddisfatta, divenuta simbolo di insanabile frustrazione sentimentale. Per il suo contenuto, giudicato scandaloso dalla magistratura, il libro fu processato per oltraggio alla morale e alla religione. 


A sette anni di distanza dalla "Lettera d'amore", Cathleen Schine ritorna sulla scena letteraria con il suo libro più intenso e maturo. "Sono come lei" racconta la storia di tre donne, intimamente legate nel bene e nel male. Sono madri e figlie la cui vita prende una svolta inaspettata quando la passione e la malattia irrompono con forza nella loro esistenza. Elizabeth, giovane studiosa di Flaubert, viene convocata a Hollywood da un brillante produttore cinematografico che le commissiona una sceneggiatura ispirata a "Madame Bovary". Il tema dell'adulterio è un soggetto delicato e molto interessante per chi, come lei, è refrattaria a sposarsi pur essendo legata da anni allo stesso uomo. Elizabeth inizia così a guardare i sentimenti sotto una luce diversa e l'ombra del tradimento si affaccia nella sua vita. Le cose si complicano quando Greta, sua madre, una donna dolce e accomodante, le chiede di aiutarla perché la nonna Lotte, un'eccentrica e viziata ottantenne, ha scoperto di avere un tumore alla pelle del viso, quella bellissima pelle che è sempre stata il suo vanto. Greta ha dedicato tutta la vita alle esigenze della sua famiglia e soprattutto a sua madre e al marito, ma ora ha altro per la testa - un nuovo amore?-, mentre Lotte, che non intende affatto abbattersi e morire, dà del filo da torcere a tutti quanti. Quando il dramma sembra prendere il sopravvento, l'istinto vitale si rivela capace di scovare risorse insospettabili: la malattia porta scompiglio, ma non nel senso che ci si aspetterebbe. Amore e tradimento, passione e dolore sono affrontati da Cathleen Schine con la leggerezza di una commedia irresistibile ed elegante. "Volevo giocare - afferma la scrittrice - con l'idea che siamo tutte un pò Madame Bovary, così infiammabili e imprevedibili. Ma volevo anche raccontare un diverso tipo di passione: l'amore intenso e protettivo tra madri e figlie. Le famiglie sono strane e l'adulterio è tragico. L'amore non fa che complicare tutto ancora di più." 

Louise J. Kaplan pone al centro del testo un’ipotesi forte: le donne non sono mai state considerate perverse perché le loro perversioni non sono state cercate là dove si annidano. Sulla scorta di una ricca esperienza clinica, di testi letterari, di epistolari e biografie famose, l’autrice dimostra un teorema all’apparenza semplice: la perversione, è un meccanismo che permette di sopravvivere all’orrore di quella perdita originaria che la nostra cultura infligge a ogni essere sessuato nel momento in cui lo piega alla schiavitù dei ruoli sessuali e di genere. Se è dunque vero che determinate perversioni sono specificatamente maschili (voyeurismo, pedofilia, esibizionismo ecc.), una serie di altri comportamenti (cleptomania, anoressia, piccole mutilazioni, sottomissione estrema) non solo sono tipicamente femminili, ma vanno annoverati senza mezzi termini tra le perversioni e come tali decifrati. Madame Bovary fa testo. .
Sono rimasto autenticamente affascinato da questo lavoro che apre su "Madame Bovary" una linea di lettura del tutto inattesa, anche se perfettamente plausibile e, in un certo modo, evidente. C’è qui una prospettiva dalla quale non si potrà più evitare di passare tutte le volte che si studierà questo romanzo» (Jean-Pierre Richard). «Uno studio rimarchevole del "Re Lear" (...) una tesi straordinariamente interessante e, penso proprio, almeno tanto salda quanto lo studio di Ernest Jones delle fissazioni edipiche di Amleto» (Anthony Burgess). «Ho letto il lavoro sul Lear con immenso interesse e piacere» (Derek Jacobi). L’accoglienza internazionale, oltre che di lettori, di scrittori, critici e dello stesso mondo del teatro giustifica la pubblicazione della versione interamente riscritta e ampliata già uscita in inglese per la Duke University Press. In un’ottica filologica e psicoanalitica (e creando quella sorta di suspense che ha fatto esclamare a Pierre Bourdieu «ho divorato tutto con voracità»), le interpretazioni tradizionali di questi due capolavori della letteratura occidentale vengono qui rivisitate «da una prospettiva capovolta». Charles Bovary, lungi dall’essere vittima dei tradimenti e delle inquietudini nevrotiche di Emma, si rivela un masochista di alto lignaggio che contribuisce in misura decisiva alla misera fine della moglie. Re Lear non è la tragedia della dolce Cordelia, del nobile Kent o del Fool, quali buoni e leali sostenitori del vecchio re condotto alla pazzia dalla malvagia ingratitudine delle figlie maggiori: in una certa misura, è vero l’opposto.

"Emma Bovary è [...] di casa nella nostra città interiore" scrive Dacia Maraini in questo appassionante libro che si propone di indagare sul rapporto profondo e contraddittorio che lega uno scrittore al suo personaggio più amato. La storia della signora Bovary ci è familiare anche perchè tante lettrici di ieri e di oggi hanno voluto trasformarla nella portabandiera di una rivolta sebbene confusa e sotterrranea: la rivolta sensuale ed esplosiva di una donna dall'interno di un matrimonio gentile ma vissuto come una prigione, dall'interno di un ambiente di provincia volgare e meschino. Eppure Emma Bovary non è amata dal suo autore che si rivela rabbioso e intollerante con lei. Ma perché, si chiede l'autrice, Flaubert mostra tanta ostilità verso il suo personaggio più straordinario? qual è il segreto di tanta disaffezione? quali le ragioni di un rifiuto così deciso e insofferente per l'eroina dagli occhi liquidi e dalle "unghie più lisce dell'avorio di Dieppe", proprio nel momento in cui, d'altra parte, sembra volerne indossare le vesti? Dacia Maraini si è calata nelle acque notturne del bellissimo romanzo cercando di capire qualcosa sulla nascita di Emma, questa meravigliosa Don Chisciotte che combatte contro i mulini a vento delle eterne province del pensiero. pronta a regalare il cuore per ogni piccolo sogno di evasione. 
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Charles Bovary, medico di campagna, sposa Emma, figlia di un proprietario terriero, e la ama teneramente. Delusa dalla mediocrità della vita e del marito, Emma finisce tra le braccia di amanti che la abbandonano spaventati dai suoi eccessi, e infine si suicida. Charles, che aveva perdonato senza mai smettere di amarla, si lascia morire. Questa, in modo telegrafico, la vicenda di Emma Bovary.
Il libro di Améry inizia dove finisce Madame Bovary: esso dà voce al goffo e stupido Bovary perché difenda la propria dignità, perché mostri quell'interiorità che Flaubert - con il suo spietato odio antiborghese - gli aveva negato; perché gridi al mondo che non esiste marito tradito che non « sappia » e che la rassegnazione cui è stato condannato è irrealistica. « Je vous accuse, Monsieur Flaubert! Vi accuso perché mi avete reso un idiota. Con tutto il cinismo della vostra classe altoborghese mi avete marcato a fuoco, quasi che l'uomo semplice sia di necessità stupido e cieco ». L'umanesimo radicale di Améry si ribella a Flaubert che, negando a Bovary la rivolta, ha ignorato la realtà sociale. Ancora una volta, anche se con la voce di un personaggio romanzesco, Améry interroga se stesso e la vita; in un geniale e quasi esoterico romanzo-saggio che è, forse, una messa in scena del suo suicidio: la rassegnazione può essere la premessa di una rivolta radicale.

Madame Bovary esce nel 1856 (dopo cinque anni di lavoro). Più di un secolo fa. Eppure possiamo continuare a occuparci di questo libro come se si trattasse di un problema attuale. La domanda che esso ci pone è una domanda elementare: « Su che cosa si fonda il diritto di un narratore di raccontare letterariamente una storia? » Sembrerebbe di poter rispondere, per quanto riguarda Flaubert: «Perché degli altri l'hanno già fatto». Madame Bovary non è inventato: non ha certo l'aria del primo romanzo della storia. In questa mia recente rilettura, non sono riuscito a finirlo, perché esso mi pareva « rifatto», e incredibile a dirsi  non « rifatto » nel 1856, come geniale calco o mimesi di una narrativa irripetibile, ma « rifatto» molto più tardi, dopo Proust, dopo Joyce, in una specie di restaurazione moderna, che vedesse il 1856, circa, come un'epoca «in costume».

Il matrimonio di Charles-Denis-Bartholomé Bovary con la signorina Emma Bertaux sembra una grande e bella sequenza di un film americano, magari di Ford. Mentre la prima apparizione « reale» di Emma in quanto presenza fisica è il dettaglio (le mani « non abbastanza candide, piuttosto secche alle falangi») di un film un po' meno oggettivo, vagamente intellettualistico (un film francese del '40): non però privo di poesia. Ha ragione Moravia che anche lui in una recente rilettura  trova Emma « scollata», fatta di tanti pezzi e sostanzialmente rimossa. Sapeva o non sapeva Flaubert ciò che di lui sa Jakobson? Sapeva del « livello stilistico d'una serietà oggettiva, da cui parlano le cose stesse»? Sapeva del processo di « autocostituzione» della propria lingua (in Madame Bovary)? Certo, a suo modo, doveva avere coscienza del suo lavoro, anzi, del suo progetto, e proprio nei termini in cui possiamo ragionarci noi, compresi ancora, tutto sommato, nella sua epoca. Eppure in Madame Bovary, rispetto al progetto della serietà oggettiva linguisticamente autocostituitasi (con la doppia conseguenza di dare diritto all'autore di raccontare e, insieme, di farlo scomparire come persona), c'è un grave errore, che sta li, inesplicabile, ingiustificabile, imbarazzante, in prima pagina. Madame Bovary comincia autobiograflcamente! L'autore, lui, è il testimone oculare della realtà fisica di Charles Bovary: e proprio nel momento in cui questi « appare »  cosa che avviene nell'aula della scuola di un collegio, in cui è il protagonista stesso a pronunciare il proprio nome: «Charbovari».

L'autore è dunque lì, coi suoi compagni: un manipolo di coppie di occhi che guardano e osservano crudelmente. Così il romanzo comincia con una prima persona plurale comprendente l'«io» narrante «Eravamo... » Di colpo, però, questo plurale simpatetico, e di conseguenza l'io narrante, scomparirà alla terza pagina per non ricomparire mai più. Che bisogno ce n'era?

Leggendo Madame Bovary non si saprà infatti più niente del suo autore, non solo perché non vi si fa notare, sia pure solo tecnicamente nella sua pura e semplice qualità di narrante, ma perché, attraverso la sua opera oggettiva, e volutamente tale, egli non ci dà alcuna informazione nemmeno implicita e indiretta di sé. Se non conoscessimo Flaubert in altri modi  cioè attraverso altri suoi scritti e le testimonianze del tempo  non sapremmo assolutamente chi fosse quest'uomo che sa tutto di Charles Bovary e di sua moglie. Non risulterebbe di lui alcun tratto caratteriale e culturale sia pur minimo, sia pur confuso. Di lui sapremmo solo, insomma, la sua « teoria della letteratura ».

Pier Paolo Pasolini , Descrizioni di descrizioni, Einaudi, Torino, 1979



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Madame Bovary 
(Sinossi e commento)

Romanzo di Gustave Flaubert (1857 in volume, 1856 in rivista).



Charles Bovary sposa Emma Rouault, figlia  di un ricco agri-coltore normanno. Donna sensibile e romantica, la giovane si annoia ben presto a languire a contatto con la vita che si svolge nel   gabinetto medico del marito, nel villaggio di Tostes. 
Un ballo al castello della Vaubyessard le rivela che un'altra vita, lussuosa ed appassionata, è possibile. Deperisce, e Charles le fa cambiare aria,  a Yonville.
Emma va incontro ugualmente a  disgusto, noia, de-pressione, fino a che s'innamora di Léon giovane di studio di un notaio, che tuttavia parte per Rouen; diventa allora l'amante di Rodolphe, un cinico dongiovanni che si stanca rapidamente dei suoi modi esaltati e romantici. Abbandonata, si getta in una vita disordinata, ritrova Léon, di cui ritorna amante, si indebita e finisce per avvelenarsi con l'arsenico.
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Opera ispirata da un fatto di cronaca,  descrive con tocchi pre-cisi e molecolari  la povera vita provinciale, la piattezza dell' adul- terio piccolo-borghese, dei luoghi ordinari, degli esseri mediocri, deboli o volgari, la cui vita è votata al fallimento, Madame Bovary porta a compimento il programma della scuola realista. Questo è  tuttavia soltanto un aspetto: il segreto del libro è  altrove, nella costruzione di un universo sociale e morale privo di senso, dove tutto si equivale (il matrimonio e l'adulterio, il quoti-diano e lo slancio verso il sublime) e dove il farmacista volterriano  Homais finisce per somigliare al curato Bournisien. 
È un libro che oscilla superba-mente tra il lirismo più morbido e lo scetticismo più graffiante. Una stessa fluttuazione è mostrata  dall'istanza narrativa di fondo, dove l'adozione dello stile indiretto libero impedisce  di sapere chi parla: così scompare l'illusione realistica a favore di un procedimento artistico che è impersonale innanzi tutto  perché non svela al lettore qual è veramente il punto di vista dell'autore, il quale si limita perciò a  rappresentare una vita, che è epitome di tutte le vite, dibattuta com'è tra l'aspirazione verso un ideale luminoso e irraggiungibile  e gli scacchi cocenti del reale.  L'ironia, quando non il sarcasmo intellettuale e morale,  infine, svuota ogni discorso, in particolare con l'adozione di luoghi comuni, frasi fatte e ridicolizzazioni mimetiche (si veda la scena dei "comizi agricoli", (1) in cui  tutta una tradizione "alta" del senti-mento amoroso viene derisa e "ab-bassata stilisticamente" in un con-testo di fiera bovina); il tutto fuso  in un crogiolo  stilistico che, con effetti contrastati,  raggiunge tem-perature  altissime di rara raffina-tezza artistica nel cui ambito  si inscrivono  la morte del senso e il trionfo della stupidità (bêtise), e dove tutto è osservato  dal punto di vista di "una farsa superiore."

Alfio Squillaci
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(1) Sulla ridicolizzazione del sentimento amoroso Flaubert ritornerà in un alcuni passi dell'Educazione sentimentale.
Jules de Gaultier  -  Il bovarismo – 

Nel 1902 uscì in Francia per i tipi del Mercure de France, un singolare libro di un professore di filosofia, Jules de Gaultier,   intitolato Il bovarismo. Sulla scorta del romanzo di Flaubert   de Gaultier  tenta uno studio sugli aspetti psichici delle personalità  (era il momento giusto: nel 1900 usciva  l’Interpretazione dei sogni di Freud),  e rintraccia  in questo testo  una lois phénoménale dell’Io che sintetizza nella formula  per la quale il bovarismo sarebbe le «pouvoir départi à l’homme de se concevoir autre qu’il n’est» che traduciamo con «la facoltà concessa all’uomo di concepirsi diverso da ciò che  è». 
Argomenta Jules de Gaultier  che vi sono uomini di prim’ordine che hanno sé stessi come modelli e uomini di second’ordine che imitano gli altri, che prendono personalità in prestito. Abbiamo visto che Emma “corrotta” dalla lettura dei romanzi (che la suocera vorrebbe proibirle, in quanto «avvelenano l’anima») comincia a vedere ma soprattutto a “vedersi” attraverso la lente deformante di questa percezione di secondo grado che è la lettura. Non solo la propria aspirazione all’amore è educata attraverso le eroine dei suoi romanzi (dopo il primo amplesso con Rodolphe, ritornata a casa si dice «Sì, anch’io ho un amante», sottinteso «come nei romanzi») ma tutta la sua vita psichica è improntata e diremmo stravolta, visto come va a finire, non secondo “modelli” sorgivi, che nascono dall’interno della propria anima, ma secondari, presi in prestito. Ora, ciascuno di noi elabora  la propria rappresentazione di sé stesso con modelli, che per quanto possano essere frutto di libera e spontanea elaborazione, in quanto “modelli” appunto, sono sempre presi in prestito.
Spesso in questa emulazione di un modello «altro» che in effetti è sempre un « modello alto», ossia al di là della  nostra portata, del nostro capitale intellettuale (come è il caso di  Emma Bovary, che per questo fa fallimento) andiamo incontro alla nostra rovina.  (Qualcuno di recente – Tommaso La Branca -  ha definito  questo fallimento dell’emulazione di un modello alto, trash,  e ci ha fondato su una estetica compiaciuta).
Ora, argomenta de Gaultier, questo fallimento (défaillance) della personalità è spesso accompagnato presso i soggetti affetti da bovarismo  da impotenza perché concependosi diversi da ciò che in effetti sono, e non essendolo intimamente,  essi non giungono a eguagliare il modello che si sono proposti, e tuttavia l’amor proprio proibisce loro di confessarsi questa impotenza. Per sopperire allo scacco di questo fallimento giungono ad imitare tutto del personaggio cui intendono aderire (quanti orologi al polso stile Agnelli abbiamo visto, e quanti Kennedy replicanti nello scenario politico non solo americano!). Questo vizio intimo del bovarismo li induce a supplire al talento con la postura, il gesto, il vocabolario. I personaggi e le situazioni che essi interpretano poggiano sul vuoto della loro personalità: si direbbe che essi non amerebbero mai se non avessero sentito parlare d’amore. L’effetto che   sortisce da tutto ciò è il grottesco (che per Flaubert è triste ), il trash appunto. 

L’indice bovaristico, secondo de Gaultier misura pertanto «lo scarto che esiste in ogni individuo tra l’immaginario e il reale, tra ciò che egli è e ciò che crede di essere». De Gaultier tenta anche una tassonomia del bovarismo, che rintraccia in tutti i personaggi di Flaubert, anche in quelli dell’ Educazione sentimentale delle opere successive. E ci sarebbe pertanto un bovarismo sentimentale (Emma ), uno intellettuale (Frédéric, Sant’Antonio,Bouvard e Pécuchet), uno scientifico (Homais), uno artistico (Pellerin) e così via: ma in effetti si tratta di un unico disturbo della personalità. Flaubert ha individuato un bovarismo metafisico «ha isolato nell’uomo un bovarismo irremissibile che fa dell’errore e della menzogna la legge della sua natura, un male dell’immaginazione e del pensiero che lo obbliga a disconoscere ogni realtà per cedere alla fascinazione dell’irreale».   Paul Bourget (negli Essais de psycologie contemporaine) parlerà a tal proposito dei «mali del pensiero», «il pensiero che precede l’esperienza invece di assoggettarvisi», «il male di aver conosciuto l’immagine delle sensazioni e dei sentimenti prima delle sensazioni e dei sentimenti». 

Certo le suggestioni, le false rappresentazioni di sé non pervengono solo dall’interno, dallo sregolato dispositivo dell’Io, ma anche dall’esterno, dall’ambiente sociale, come abbiamo visto. Auto-suggestione e suggestione concorrono ad alimentare le false coscienze. Emma Bovary è una “idealista”, nel senso filosofico del termine, avrebbe potuto essere una grande mistica come santa Teresa o una grande artista.  Ma Emma è priva di senso”critico” (ricordiamo che “critica” deriva dal greco “crino”, separo), ignora lo scarto che intercorre tra la realtà virtuale da quella reale. «Si scorge in lei un principio di insaziabilità, un principio di rottura di ogni equilibrio, di ogni armonia, di ogni pace, di ogni riposo, un principio di fuga dove  distingueremo una delle risorse essenziali della natura umana, la fonte del movimento e del cambiamento». E già, perché Madame Bovary disegna la traiettoria di un fallimento umano: vista ex post la sua vicenda suscita in  noi raccapriccio più che pena, e tuttavia è proprio nell’uscire fuori da sé, nel concepirsi diverso da ciò che si è, dall’insoddisfazione di sé, da un sano bovarismo diremmo, che nasce il movimento e il cambiamento. A ben vedere, il proprio dell’uomo è essere scontento della propria condizione. È in ciò che si distingue da tutte le altre specie. C’è sempre un momento Bovary nella  nostra vita, dunque. Da lì può nascere la nostra riuscita o il nostro fallimento: ci potrà accadere di uscire fuori da noi ma anche di noi, ahimé. Flaubert in una lettera ricorda all’amico Le Poittevin il verso di Orazio (Ars poetica, vv 126-127): «Sibi constet», «Sii in armonia con te stesso», ovvero «Stai, resta in te»: ma quale avventura umana potrebbe nascere da questa formula? È solo l’uscita fuori da sé stessi che potrebbe portare al guadagno o alla perdita di sé stessi. Il bovarismo è dunque bene, il bovarismo è dunque male.

Ma ritornando a De Gaultier: si pone un problema filosofico, ossia il diallele (circolo vizioso): l’odio del reale nasce dalla falsa concezione di sé stessi o è quest’ultimo che fa nascere l’odio del reale? In effetti  siamo di fronte ad una causa che diventa effetto, che diventa a sua volta causa. 
Nell’intento di cogliere questa “legge psichica” del bovarismo  de Gaultier  tenta un esame psicologico della coscienza. Partendo dall’ esse est percepi di Berkley (che non cita, ma è implicito) asserisce che tutto esiste perché percepito. La coscienza psicologica degli individui è uno specchio ove vengono a riflettersi le immagini della realtà.  Ora, l’uomo è natura (ereditarietà) e educazione insieme (nature e nurture, direbbe lo  Shakespeare della Tempesta). Tramite atti cognitivi spontanei l’uomo elabora immagini-nozioni che costituiscono gli elementi base dell’accumulo della sua esperienza. Ma tramite l’educazione «il suo cervello è ormai popolato d’una quantità d’immagini-nozioni di cui gli è impossibile verificarne il contenuto, che non diventeranno mai per lui immagini reali, e che egli dovrà accettare con un atto di fede. Ciò costituisce un  vantaggio in quanto la  nozione non esigerà da colui che la riceve la spendita di energia psichica di colui che l’ha prodotta. Ma anche un inconveniente: falsa o mal formata, essa scappa al controllo dell’Io, poiché rendendo inutile l’esperienza personale, essa tende a sopprimerla: così propaga la menzogna e l’errore con la stessa forza con la quale propaga la verità».  Ci si renderà subito conto che questo è lo spazio psichico delle idee ricevute, dei “luoghi comuni”, (ci si ricordi che Flaubert era ossessionato dalle idee ricevute)  di cui tutta la nostra mente è assediata e soffocata.  È l’Ouydire (il Sentitodire ) di Rabelais. La nozione non controllata è fonte di questo particolarissimo bovarismo cognitivo e percettivo. Fa vedere le cose diverse da quelle che sono perché tramite esse l’uomo ha un «pouvoir de connaissance» che «dépasse son pouvoir de réalisation». Naturalmente natura ed educazione possono entrare in conflitto perché l’uomo  può essere sollecitato sia dall’istinto che dall’esempio, sia dall’immediato che dal mediato, diremmo. Il rischio di concepirsi diverso da ciò che si è aumenta con lo sviluppo della civiltà, ossia con l’ispessirsi dallo stadio della mediazione. Il bovarismo dunque cresce con l’avanzare della civiltà e laddove soprattutto v’è un «defaut de critique».

La falsa percezione di sé stessi inizia fin dall’infanzia, quando ci sentiamo e ci vediamo talora indiani e talora cow boy. Ma c’è anche un bovarismo del genio. Quello della falsa vocazione: Ingres il celebre pittore francese si ritenne per lungo tempo un grande violinista (da qui l’espressione violon d’Ingres per intendere i casi di fraintendimento su sé stessi, sul proprio capitale intellettuale). Ma v’è anche un bovarismo storico: succede ad intere epoche di prendere totalmente a prestito blocchi di  modelli culturali: si pensi alla Rivoluzione francese: per comprenderla occorre tenere sempre sullo sfondo la Repubblica romana, i Bruti, i Cesari. C’è un bovarismo delle epoche storiche dunque: che si concepiscono diverse da quelle che sono. E qual è il bovarismo nostro e della nostra epoca? A saperlo.
Siamo come le ghiande, pensiamo che da grandi diventeremo querce, anche se 999 su mille finiremo in pasto ai porci.


Alfio Squillaci







Per approfondimenti sulla figura di de Gaultier e il bovarismo si veda assolutamente la tesi di  Alice Gonzi adesso in volume presso l'editore Le Cáriti di Firenze 


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